Etty Hillesum

A la fin de 1981, les Pays-Bas comptaient une célébrité de plus. on venait en effet de publier de larges extraits du journal intime qu'une jeune femme juive d'Amsterdam avait tenu de 1941 à 1943, avant de disparaître à Auschwitz : Etty Hillesum, déportée anonyme, entrait dans l'histoire avec quarante ans de décalage.

Le succès de ce journal fut foudroyant. En l'espace de quelques mois, il ne connut pas moins de huit réimpressions. Les années suivantes, on en publia d'autres extraits, puis des lettres, avant qu'une édition plus savante ne vînt rassembler en 1986, tous les écrits conservés d'Etty Hillesum. (titre en français : "Une vie bouleversée")

D'où provenait l'extraordinaire engouement suscité par ses écrits ? Leur intérêt n'est ni littéraire (bien qu'on y trouve des choses superbes), ni historique (bien qu'ils offrent un excellent témoignage sur le camp de Westerbork, par exemple)

Il est humain, éthique, métaphysique. C'est la personnalité d'Etty et son étonnant cheminement intérieur qui, tout de suite, suscitèrent l'admiration, voire la ferveur.

Née le 15 janvier 1914, Etty alliait la curiosité intellectuelle de son père qui était docteur ès lettres classiques et le caractère passionné de sa mère (d'origine russe). Elle avait deux frères cadets. La famille ne pratiquait aucune religion.

Etty semble avoir mené une vie assez insouciante, entourée de nombreux amis. Sa courte vie est jalonnée de relations amoureuses avec des hommes beaucoup plus âgés qu'elle.

Elle a obtenu sa maîtrise en droit en 1939. Elle avait entrepris parallèlement des études de russe que la guerre et l'occupation l'empêchèrent de terminer. Elle n'en donnait pas moins, comme sa mère autrefois, de nombreuses leçons particulières dans cette langue.

Elle entreprit une sorte de thérapie avec le psychologue Julius Spier. Celui-ci avait fait une analyse de formation chez Carl-Gustav Jung. Des relations complexes se tissèrent entre la jeune femme et le psychologue quinquagénaire. Etty fut à la fois sa cliente, son élève, sa secrétaire et son amie de coeur.

Julius Spier tomba malade au cours de l'été 1942 et mourut le 15 septembre, à la veille d'être déporté.

Etty se porta volontaire pour travailler au camp de Westerbork, sorte de camp de transit vers les camps de concentration. Elle y avait la qualité de "fonctionnaire" mais elle faisait aussi office d'assistante sociale en quelque sorte. Elle fit plusieur séjours dans ce camp, entrecoupés de retours pour raisons de santé parfois.

Le 7 septembre 1943 elle sera elle aussi déportée vers le camp d'Auschwitz avec ses parents et un de ses frères. Son autre frère sera déporté une peu plus tard. Aucun ne survivra. Etty serait morte le 30 novembre 1943.

La méditation personnelle qui vibre à travers le journal se poursuit dans ses lettres. Ces années sont pour Etty des années de développement personnel et de libération spirituelle.Celle qui note en 1942 :
" Je sais déjà tout. Et pourtant je considère cette vie belle et riche de sens, à chaque instant",
trouve sa morale propre et la justification de son existence dans l'affirmation d'un altruisme absolu.

Certains passages sont extraits de l'avant propos de Philippe Noble

"UNE VIE BOULVERSEE" Editions du Seuil

 

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